Archives de Tag: focaliser

Le jeune chasseur anxieux

Par défaut

 

chaman forêt amazonienne equatorienne juin 2006

chaman forêt amazonienne  (Photo credit: Wikipedia)

Il était une fois un Indien qui partit à la chasse. C’était sa première saison en solitaire et il se faisait du souci car, là-bas, dans leur tipi, étaient sa femme et leur premier bébé.

Il est inquiet, car son jeune fils maigrit dangereusement ; ses précédentes chasses furent piteuses ; il n’a rien pu amener, et à présent, la faim se fait sentir… Cette fois, il FAUT qu’il attrape quelque chose à leur apporter, sinon, ils mourront…

Il marche longtemps, accablé par la chaleur et maudit le soleil implacable ; à cause de la sécheresse, beaucoup de proies sont mortes ou ont migré vers des terres plus humides.

Qu’arrivera-t-il s’il rentre à nouveau bredouille ? Il imagine sa femme et son jeune fils mourant de faim par sa faute. Soudain, un lièvre surgit devant lui. Perdu dans ses pensées, notre chasseur met trop de temps à réagir et, quand il bande son arc, le lièvre est déjà trop loin…

Mais soudain, un aigle fond sur le rongeur, le tue et le mange. Peu après, l’aigle est repu et retourne à son nid, et un vautour, qui avait repéré la bonne aubaine, se pose sur la carcasse et avale le reste.

L’Indien, voyant ça, est furieux. Quelle injustice ! Il jette son arc à terre, de colère et de découragement…

Mais le shaman du village, qui était là, en quête de plantes médicinales, a tout vu, et décide de lui faire un peu la leçon.

« Pourquoi crois-tu – lui demande-t-il –  que l’aigle et le vautour ont réussi là où tu as échoué ? »

« Parce qu’ils ont eu la chance que je marche près du lièvre et que je le débusque pour eux ! »

« De la chance, vraiment ? Pourquoi n’as-tu donc pas tué l’animal toi-même, alors ? »

« Le soleil m’a ébloui et avec cette sécheresse, les proies sont rares. Peut-être aussi n’ai-je pas assez d’expérience… L’aigle semblait en pleine force de l’âge et n’en était pas, comme moi, à sa première saison de chasse ! ».

« Tout ça, ce n’est que des excuses !, dit le shaman. La seule différence entre toi et l’aigle, c’est qu’il est resté présent, attentif, sur le qui-vive. Penses-tu que, lorsqu’il part en chasse, il songe à la sécheresse, à la rareté des proies, ou à ses petits affamés, et qu’il se ronge les sangs à l’idée de ne rien ramener ?

Sûrement pas ! Il concentre toute son attention sur une seule chose : son environnement, et s’il s’y trouve une proie.

IL RESTE CONSTAMMENT DANS LE MOMENT PRESENT ! Alors, quand une proie passe à sa portée, il la voit tout de suite et réagit au quart de tour… Résultat ; il attrape à chaque fois de quoi nourrir sa famille ! »

Sur ce, le shaman le laisse…

Le jeune homme est d’abord révolté contre celui qui ose le reprendre ainsi, mais, en se calmant, il se dit que le shaman doit avoir raison… Il repense aux longues heures qu’il a passées, étant enfant, à suivre son père à la chasse. Celui-ci lui faisait passer des journées entières à l’affût, sans parler ni bouger, attentif à la nature, à la moindre trace ou bruissement dans l’herbe …

Le jeune chasseur se dit qu’il n’a rien à perdre et décide d’essayer. Il met de côté l’image angoissante de sa femme et de son bébé mourant de faim, et avance en se concentrant sur sa tâche.

Et, quand ses pensées se remettent à vagabonder, que des angoisses ressurgissent, il les chasse et se re-focalise sur son environnement.

C’est là qu’il aperçoit une biche, pas loin de lui. Sans la perdre de vue, et sans penser, l’Indien lui décoche une flèche qui l’atteint en plein cœur.

Il peut rentrer chez lui la tête haute car il est un vrai homme, capable de faire vivre sa famille. Bien entendu, jamais il n’oublia cette leçon essentielle, et décida de toujours la pratiquer lors de ses chasses. Il acquit ainsi la réputation d’un grand chasseur… et une famille prospère !

Moralité : Le moment présent ! Tout est là ! On ne peut agir que dans ce moment – et c’est pour ça qu’il faut être attentif..

Publicités