Archives de Tag: compagnon

L’histoire du chat sauvage

Par défaut

Il était une fois une jeune femme nommée Judy, qui avait un compagnon de vie peu commun. C’était un chat sauvage. Judy n’avait jamais pensé une seule seconde qu’elle aurait un chat sauvage comme compagnon, et donc, elle eut un choc en découvrant que c’était bien ce qu’elle avait. Voici comment cela arriva.
Quand Judy rencontra son compagnon, il semblait être un ami. Il était jeune, et ressemblait au compagnon dont elle avait toujours rêvé. C’était une créature chaleureuse et amicale. Il voulait qu’elle l’apprécie, comme elle voulait qu’il l’apprécie. Il semblait adorable, mignon et câlin. Et elle aimait cela.
Mais avec le temps, il se transforma en chat sauvage. D’abord, c’était un gentil compagnon. Puis soudain, c’était sa période chat sauvage ; effrayant, mauvais, méchamment sauvage. Judy était écrasée sous une montagne de problèmes – plus de problèmes qu’elle n’aurait pu imaginer.
Judy passait beaucoup de temps à tenter de rendre son chat sauvage heureux, pour qu’il ne l’agresse pas. Mais il était imprévisible. Donc, elle était très, très attentive à ne pas le perturber. Elle y était si attentive, en fait, qu’elle avait l’impression de marcher sur des œufs.
Hélas, Judy ne semblait plus avoir de temps pour ses amis, parce que son chat sauvage prenait quasiment tout son temps et toute son énergie. Parfois, il était aimable, tout à fait comme à l’époque de leur rencontre. Mais quand il redevenait un chat sauvage, il la déchirait et la blessait.
Cherchant promptement une solution, Judy s’en fut consulter un psychologue, en lui demandant tristement « Que dois-je faire de mon chat sauvage ? Je l’aime, mais, franchement, il se conduit habituellement de façon horrible à mon égard. Je vais vous dire ce qu’il me dit et me fait. J’espère que vous pourrez me dire si vous comprenez quelque chose à ses paroles, ou si c’est moi qui prends tout mal, qui fais une tempête dans un verre d’eau et qui le provoque, comme il dit. Je veux savoir s’il existe un traitement pour soigner notre relation. »
Le thérapeute dit alors « Oh, Judy, voilà ta plus grande erreur : tu veux parler du chat sauvage. Moi, je veux parler de toi. C’est toi qui as besoin d’aide. Tu dois réfléchir à la raison qui te pousse à rechercher un compagnon si cruel et effrayant. »
« Mais je ne voulais pas d’un compagnon cruel et effrayant » s’exclama Judy, « Au début de notre relation, il était charmant, doux et aimable. Et ensuite, il a commencé à changer. »
« Non » dit le thérapeute « Tu te sens plus à l’aise en étant maltraitée. Tu as des problèmes. Je suis sûr que tu as eu une enfance malheureuse. Tu as une estime de toi très basse. Tu joue les martyres. Dans un sens, tu aimes être maltraitée. C’est ce à quoi tu es habituée. Si tu n’avais pas ton chat sauvage, tu en chercherais tout simplement un autre – pour pouvoir continuer à ruiner ta vie. Tu es accro aux chats sauvages et à la douleur émotionnelle. »
Et Judy répondit « Vraiment ?!?! Ciel, je croyais juste que j’avais un compagnon méchant. »
« Non » dit le thérapeute « Tu dois travailler sur toi-même. Ce n’est pas la créature qui est le problème. Tu es devenue obsédée par lui pour fuir ton vide intérieur, ta crainte des relations et ta colère. Tu utilises ta relation avec ton chat sauvage comme une drogue. Tu y es accro. Tu ne t’aimes pas beaucoup. Et tu sembles être une personne remplie de colère. Tu es attirée par les situations chaotiques. Tu as soif de sensations fortes. Tu n’es pas attirée par les créatures bonnes et gentilles. Ce genre de personnes, tu les trouves ennuyeuses. Tu as vraiment des problèmes. »
« Pourquoi ? » demanda Judy . « Parce que tu es une femme qui aime trop » répondit le thérapeute
« Mon Dieu » dit Judy « Je dois être vraiment malade. » Et le psychologue opina lentement « Oui »
Donc, Judy continua à raconter au thérapeute tous ses problèmes de personnalité. Et Judy alla aussi à des réunions et fit des études, pour s’assurer qu’elle ne dépendait pas de son chat sauvage pour être stimulée intellectuellement, et elle se fit 4 nouveaux amis, pour s’assurer qu’elle ne dépendait pas de son chat sauvage pour la conversation, et elle travailla pour avoir plus d’argent, pour s’assurer qu’elle ne dépendait pas trop de son chat sauvage au niveau financier et elle continua d’essayer d’augmenter son estime de soi et aussi de croître, en assumant la responsabilité de toutes ses insuffisances personnelles. Mais pendant ce temps, le chat sauvage continuait à bien s’amuser et à effrayer Judy.
Enfin, Judy entendit parler d’une thérapeute différente, et elle alla la consulter.
Cette thérapeute dit à Judy « Nous ne devons pas te désigner toi, Judy, comme étant le problème. Nous devons nous focaliser sur le chat sauvage. C’est lui le problème. Débarrasse-t-en ! »
« Du chat sauvage ou du problème ? » demanda Judy. « De n’importe lequel, du moment que ça te rende la paix » dit la thérapeute.
« Mais » dit Judy « ne devrait-on pas parler de la raison pour laquelle je possède une créature aussi cruelle ? J’ai des problèmes très profonds. »
« Non. Je ne pense pas. Est-ce que tu ne croyais pas avoir acquis une créature aimable, mignonne et câline ? »
« Oh oui » dit Judy, heureuse d’être enfin comprise « Mais il s’est transformé en chat sauvage, sauf qu’il ne l’est pas en présence de certaines personnes »
« Oui » reprit la thérapeute avec une merveilleuse compréhension « il n’y a pas vraiment moyen de vivre avec un chat sauvage »
« Mais » dit Judy « mon autre thérapeute dit que si je ne travaille pas sur moi-même, je choisirai sûrement un autre chat sauvage »
« Je ne suis pas d’accord » répliqua la thérapeute « Je ne pense pas que tu aimes vivre avec un chat sauvage. Je pense que, plus on en parle, plus tu le verras comme il est réellement – et plus jamais tu ne vivras avec un chat sauvage. »
Mais Judy, se souvenant encore de ce que le 1er thérapeute lui avait dit, répondit « Je continue à penser que c’est en partie mon problème. Peut-être le chat sauvage et moi devrions-nous aller en consultation conjugale »
« Non » dit la thérapeute « en général, ça ne marche pas. Mais ton chat sauvage pourrait retrouver son moi originel en rejoignant un groupe de thérapie pour chats sauvages. Tu peux vouloir attendre pour voir s’ils peuvent l’aider. Mais je dois te prévenir que les chats sauvages ont très dur à redevenir de gentilles créatures, à moins qu’ils ne veuillent réellement changer. »
Quelque temps passa, et Judy vit qu’elle devait laisser partir le chat sauvage. A ce moment, elle savait tout sur les chats sauvages, et pouvait les repérer très rapidement. Au début, son chat sauvage lui manqua, parce qu’elle l’aimait. Mais finalement, elle fut très heureuse, parce qu’elle ne devait plus ‘marcher sur des œufs’
Son estime d’elle-même remonta et elle réalisa que le 1er thérapeute n’avait pas vraiment raison. Elle n’était pas une femme qui aimait trop. Elle était une femme qui avait eu un chat sauvage.
– JL., MINNEAPOLIS, MN
Extrait et traduit de « the verbally abusive relationship » de Patricia Evans – publié chez Bob Adams Inc en 1993)

Publicités