Préjugés sur l’amour en couple

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Est-il réellement possible d’avoir un mariage passionné – ou les 2 sont-ils incompatibles ? Une psychologue belge vivant aux USA, Esther Perel, s’est penchée sur le problème et a remarqué que la plupart des gens – et des psychologues – croient aveuglément à une hypothèse fausse ; que si la relation est mauvaise, le sexe est nul aussi, et que pour rendre le sexe plus excitant, il suffit d’améliorer la relation.

En réalité, une thérapie de couple peut améliorer la relation (& encore ! – vu que chez nous, les psys de couple partent de théories stupides), mais le sexe a de grandes chances de ne pas changer…

Donc, tordons le cou à 5 préjugés sur l’union :

– L’amour va de pair avec le désir ; le sexe a longtemps été un devoir pour les femmes, et servi seulement à la reproduction.  Puis est apparu le mariage d’amour et son idéologie romanesque… et c’est là qu’on a constaté que le désir avait disparu…

On a beau avoir une grande liberté sexuelle, on n’a guère envie d’en profiter, dans un couple stable …

Les couples cultivent la proximité avec l’espoir que plus d’intimité apportera une meilleure vie sexuelle.

Pour devenir plus intime avec notre partenaire, il faut se révéler l’un à l’autre tous les petits détails sur soi-même (désirs, peurs, rêves, espoirs, fantasmes, …) Plus on fait ceci, meilleur est le sexe.

– L’union idéale est égalitaire par nature ; au contraire, les meilleures relations sont complémentaires.

Elles honorent les différences des partenaires. Les meilleurs couples sont ceux qui sont assez créatifs pour maximiser (& non minimiser) la complémentarité entre eux. En outre, ce n’est jamais la différence entre les gens qui pose problème ; c’est la façon dont ils gèrent cette différence.

Dans les couples, le sujet des disputes n’a que peu ou rien à voir avec le contenu. Ils se disputent parce qu’ils se sentent non-entendus, méprisés, dévalorisés et non reconnus, parce qu’ils se sentent seuls – c’est cela qui fait vraiment souffrir dans les relations.

Les couples passent plus de temps à se critiquer qu’à s’apprécier l’un l’autre. Nous devons apprendre à exprimer la louange, à reconnaître ce qui est bon, ce qui fonctionne, et à le dire le plus souvent possible. C’est alors seulement que nous serons en mesure d’apprécier ce que nous avons – notre vie, nous, notre couple, notre partenaire.

Je rappelle qu’il faut, pour que le couple soit harmonieux, 5 fois plus de paroles positives, que négatives. Si on tombe sous ce ratio, le couple est disharmonieux. Les chercheurs ont en effet démontré qu’il fallait 5 paroles positives pour contrebalancer une seule parole négative.

– L’honnêteté, c’est de dire la vérité, et mentir est une tromperie ; oui, il faut dire la vérité, mais il faut avoir du tact ! « La franchise ne consiste pas à dire tout ce que l’on pense, mais à penser tout ce que l’on dit ».

N’oublions pas que les paroles peuvent faire un mal qui dure des années ; gardons donc les choses blessantes pour nous – en sachant que – bien sûr – ça ne vaut pas pour celles concernant le couple ; là, chacun a le devoir étroit d’informer l’autre des faits essentiels !

– La sexualité masculine est simple, mécanique et biologiquement motivée plutôt que relationnelle. Ce préjugé dit aussi qu’à l’inverse, les femmes sont des créatures de sens, qu’elles ont besoin d’une longue liste de conditions pour générer le désir sexuel et obtenir la satisfaction sexuelle.  Aussi, que les hommes ont juste besoin de sexe fréquent, constant, spontané.

En fait, la sexualité des hommes n’est pas moins influencée par leur état ​​interne que chez les femmes. Chez eux, la peur, la déprime ou la colère affectent le désir sexuel et la performance. La différence ? Les hommes sont plus susceptibles que les femmes à se tourner vers le sexe pour soulager leur état interne. Les hommes utilisent le sexe comme un régulateur de l’humeur. Cependant, on ne peut pas dire que la sexualité masculine n’est pas relationnelle. En fait, les hommes ressentent beaucoup de peur et de honte à cause de la pression de la performance et de la peur du rejet par les femmes, ou de leur inaptitude à les satisfaire.

La sexualité masculine est donc aussi relationnelle que pour les femmes ; elle n’est simplement pas biologique ou automatique.

– Des problèmes sexuels impliquent des problèmes relationnels. Dans notre société, nous croyons que si un couple a des problèmes sexuels, ils doivent venir à la suite de problèmes relationnels. Nous voyons la sexualité comme une métaphore de la relation.  Et nous en concluons qu’en réparant la relation, le sexe s’améliorera.  Ce n’est pourtant pas toujours le cas. – j’en ai parlé dans « Amour & désir sexuel : amis ou ennemis ?  » (https://bonheuretamour.wordpress.com/2014/08/29/amour-desir-sexuel-amis-ou-ennemis/).

L’amour et le désir peuvent effectivement être liés, mais ils peuvent aussi s’exclure l’un l’autre … (mystère de l’érotisme !).

Deux personnes peuvent s’aimer profondément dans la cuisine, & se repousser dans la chambre. Bien des couples sont liés par un grand amour, mais vivent des problèmes sexuels ou n’ont pas d’activité sexuelle du tout.

Quand des partenaires se plaignent du manque de peps dans leur vie sexuelle, ils regrettent en fait la poésie du sexe, le lien, la légèreté espiègle, la sensation de vitalité, de s’évader & de s’élever au-dessus du train-train monotone…

Toutes les solutions faciles pour garder « l’étincelle » en vie, ou la raviver, ne marchent pas ; en effet, le romantisme ne meurt pas dans un couple à cause du manque de temps, de communication ou de testostérone, comme beaucoup le prétendent, mais à cause de la mécanique particulière du désir sexuel chez les humains.

Et tous ceux qui préconisent d’apprendre à mieux communiquer avec notre partenaire ou de réorganiser notre planning, ou de se faire prescrire de la testostérone, ont tort.  Tout comme ceux, du reste, qui préconisent de ré-érotiser la relation avec des vidéos ou accessoires coquins !

Toutes ces soi-disant solutions ne marchent pas (ou pas longtemps).

Les statistiques sur la santé des couples ne se soucient que de la fréquence de leurs relations sexuelles ou du nombre d’orgasmes et omettent l’amour, l’intimité, la sensualité, l’excitation – alors que ce qui compte, ce n’est pas la quantité, mais la qualité.

L’érotisme est une qualité non-mesurable de vitalité, l’imagination ne peut se réduire à une arithmétique, & ce domaine insaisissable n’est pas du domaine du modèle de résolution de problèmes.

-On constate en fait que dans le monde, partout où il y a du romantisme attaché aux relations, il y a en même temps une crise du désir, par ex dans le fait de l’assumer…

Notre société moderne a connu une révolution ; pour la 1ère fois dans l’histoire de l’humanité, les gens veulent une sexualité marquée de plaisir et de connexion à l’autre, une sexualité qui prenne sa source dans le désir. Ils veulent une sexualité à long terme non pas pour procréer le plus d’enfants possibles (qui prendront soin d’eux quand ils seront vieux) ou parce qu’enfanter est le 1er devoir d’une femme, mais car le désir est devenu un facteur central, une expression de notre identité, de notre individualité & de nos préférences.

Mais pour garder du désir dans une relation engagée, il faut réconcilier 2 tendances, 2 besoins contradictoires ;

D’une part, le besoin de sécurité, réconfort, le familier, le connu, l’habituel, le rassurant, la fiabilité, la permanence, la maison, la solide fondation.  Et d’autre part, le besoin tout aussi fort (chez les hommes comme les femmes de voyage, de rêve, de mystère, d’inconnu, de danger, d’inattendu, de surprise, de risque, d’aventure, de transgression…

Réconcilier ces 2 besoins contradictoires dans une seule relation, est vraiment difficile !

L’expression « un mariage passionné » est déjà contradictoire ; en effet, si l’amour est naturel et a toujours existé, le mariage par contre, est une construction sociale, une institution humaine, à base économique, visant à créer une communauté de travail, un compagnonnage et aussi pour la succession (faire passer à la génération suivante – du même sang – le patrimoine de la famille).

Il s’agissait d’un partenariat utile, de travail, d’argent, de statut social, où l’amour & la passion n’avaient pas leur place.

Mais notre culture est venue charger l’union d’un poids supplémentaire ; d’une exigence de passion, et que notre partenaire soit aussi notre confident et notre meilleur ami… Et en plus, on vit plus longtemps.

On exige donc de ce seul partenaire, ce qui était fourni jadis (il n’y a pas si longtemps) par la famille élargie et même par tout un village !

On lui demande de nous donner un sentiment d’appartenance, de continuité, d’identité, mais aussi le mystère et la transcendance, la fascination, l’émerveillement, on veut qu’il nous donne la sécurité et un confort douillet, mais aussi du « piquant », qu’il nous donne la surprise et la nouveauté, mais aussi le prévisible, le familier et le rassurant …

Il faut donc que les 2 partenaires soient des êtres quasiment parfaits ; doux, fiables, sérieux, fertiles, jouettes, fidèles, ordonnés, spirituels, … ça fait beaucoup… On voit bien que ce ne sont pas des sextoys et de la lingerie qui pourront remédier aux problèmes du désir en couple !

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