Le voyage

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enso

(conte zen tibétain) 

Deux moines zen – un vieux sage et un novice – voyagent à pied. En 3 jours, ils n’ont croisé aucun être humain, sauf une vieille femme, qui leur a fait l’aumône d’un peu d’orge grillée, avec du thé et du beurre rance.
Cette maigre repas date de la veille et nos 2 moines ont faim et froid. En plus, le soir tombe et il pleut…

Le novice se protège de son mieux avec un pan de sa robe. Le plus âgé marche devant, en silence. Ils devraient se trouver un abri pour passer la nuit, mais il n’y rien ; ni maison, ni cabane, ni grange, ni temple ou ermitage. Le sentier qu’ils suivent se perd au loin dans la montagne.

Le jeune novice n’en peut plus. Il ignore le but de cet interminable voyage et se pose des questions. Il lui semble qu’ils approchent de Kamakura, mais est-ce bien leur destination ?
Il voudrait tant que ce soit vrai, car l’épuisement le guette. Incapable d’attendre davantage, il décide de rompre la consigne de silence.
Il ose interroger son supérieur, qui paraît entièrement serein & marche d’un pas égal :

« 
Maître, où allons-nous ? »
« 
Nous y sommes », répond le maître.
« 
Vous voulez dire que l’étape est proche ? » insiste le jeune moine.
« 
Ici, maintenant. Nous y sommes ».
Le novice effaré regarde le sentier pierreux, s’étendant loin devant, s’enfonçant dans la brume. Au loin, les hautes cimes des montagnes disparaissent déjà dans la nuit.

Le pauvre novice a peur, il a froid, il a faim, il est fatigué. Et soudain, il tout s’éclaire ; soudain, il comprend !

Il se remémore les paroles qu’il a si souvent entendu répéter au monastère : « le zen est un chemin qui va… »
En un éclair, il a compris que le présent seul EST, que dans le présent seul se niche la vie, l’oasis, l’infini, que dans chaque pas sur ce chemin, l’éternité est enclose, et que ce précieux moment présent peut seul se savourer, car le passé s’est enfui à jamais & le futur est un rêve.
Il comprend l’antique dicton ; « Quand on s’éveille à la vérité, notre esprit devient brillant et lumineux, comme un rayon de lune. »
Se murmurant ces choses, le novice alla désormais en paix, toute crainte envolée.


(explication de l’image ; dans le bouddhisme Zen, un « ensō « (円相 ) est un cercle dessiné à la main en 1 ou 2 coups de pinceau, exprimant un moment où l’esprit est libre de laisser le corps créer. Ce cercle symbolise l’illumination absolue, la force, l’élégance, l’univers & le vide.

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