Extraits de Louis Pauwels (2ème partie)

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L.Pauwels2  2ème partie d’extraits de ce grand écrivain & philosophe ;

Extraits de « Comment devient-on ce que l’on est ? » (Stock, 1978)

– … l’esprit peut tout. (…) l’esprit peut tout, mais avec souffrance.

– … l’éternelle cécité, l’éternelle bêtise insultant l’esprit.

– Le manque de relations est plus déterminant que le manque d’argent. La vraie prison, dans la petite condition, ce n’est pas de manquer de sous, c’est de manquer de contacts, c’est la circulation sociale bouchée, le destin muré. Une société n’est pas inhumaine parce qu’elle est hiérarchisée. Elle est inhumaine parce qu’elle est cloisonnée.

– … l’essentiel pour moi, dans l’écroulement de toutes choses, a été de trouver le sens de l’éternel.

– Quand la société est massiste (marchande ou marxiste ; également massiste), il n’y a pas de culture à proprement parler. Il y a propagande ou il y a commerce. Dans les sociétés .. , où l’économie est tout le destin, il n’y a pas de culture. La culture commence là où commence la conscience intériorisée, le sens de notre destin particulier et de sa relation avec l’universel.

– Etre, c’est être différent de la mort. Voilà le point de départ de toute culture comme de tout art.

– Ce qui coupe du passé déshérite l’avenir. Ce qui détruit les particularismes détruit le génie. Le sans passé, c’est le sans avenir. Et le sans limites est une prison.

– L’âme est l’outil pour arrêter le temps. La prière, la méditation sont les meules pour aiguiser l’outil. Les hommes d’âme sont des artisans en éternité. Les autres sont de la poussière aspirée par le temps.

– Je peux subir les fatigues de l’action. Je ne peux pas être englouti par l’action. Parce que ni le succès ni l’échec ne peuvent rien, finalement, contre moi.

– Ce n’est pas ce que nous regardons qui compte. C’est le lieu, en nous-même d’où nous regardons.

– Qui nous empêche, même au centre d’une ville, de relever la tête et regarder les étoiles … ? Où que nous soyons, nous sommes toujours à la même distance des étoiles.

– Et sans doute le projet tout entier est-il inscrit dans un grain de sable et dans mon cerveau – mais il me reste indéchiffrable. Cependant, il m’habite, comme il habite toute la création. (…) Cette énergie se connaît elle-même. Elle sait son projet. Elle me traverse, elle m’a fait, elle m’effacera, comme elle fait et défait les mondes, les êtres, les choses, à la poursuite de sa propre incarnation jamais achevée, à jamais incompréhensible pour toute créature, …

-J’ai toujours été hanté par l’idée que le cerveau humain était peut-être une maquette de l’univers, que tout le connaissable est dedans, mais qu’il nous a été livré sans le mode d’emploi. (…) Il se peut que, par des voies aberrantes, … les mystiques soient parvenus, en aveugles doués, à appuyer sur quelques touches inconnues. (…) Mais on sent très bien que l’essentiel de leur expérience reste dans l’indicible, échappe au langage.

– Je crois que le langage est une condition de la pensée infirme, et qu’il doit exister une sur-pensée sans langage. Les mystiques ont une supériorité sur nous. Ils connaissent notre univers mental. Nous ne connaissons pas le leur.

– On ne cherche pas un maître. On le rencontre. Et quand on l’a rencontré, il faut se préparer à le quitter. C’est juste un poteau indicateur à déchiffrer. Seul l’idiot s’enroule autour du poteau indicateur en déclarant qu’il a enfin trouvé son chemin.

– … le visible simple cache de l’invisible compliqué,

– Le sens aristocratique est le sens de la distinction. Je veux dire la capacité de distinguer les êtres dans leur diversité et la disparité de leur valeur. Le contraire de l’aristocratisme, c’est, justement, ce qui ne distingue pas et s’en fait gloire : ce qui uniformise par le bas, ce qui massifie.

– Avoir un modèle vers lequel tendre, c’est posséder une civilisation intérieure.

– La pensée ne vit qu’en se formulant, et, en se formulant, elle se retarde et se fausse. Elle se dénature en se coulant dans des phrases. … Or, les mots de la pensée ne sont jamais tout à fait la pensée. … La vie de l’esprit formulé est une fausse vie. …C’est un privilège de savoir traduire avec des mots sa pensée. Mais c’est aussi une infirmité, parce que la pensée forme des mots, au lieu de former de la pensée.

– Le novateur avance, suivi par une meute de voyous hurlants.

– … les contemporains ont la vue de plus en plus courte, alors que l’oeil de l’humanité perçoit des choses de plus en plus vastes.

-Nous sommes passés du sacré au profane, puis du profane au trivial. (…) Jamais l’aventure humaine ne s’est aussi largement déployée. Mais le discours public ne vulgarise pas ce déploiement, il siffuse la vulgarité. … Je crois que la profonde crise de civilisation est là : dans l’abîme qui sépare l’esprit de l’humanité, agrandi, de l’esprit des hommes, raccourci. Il manque le pont. Il manque la relation. A proprement parler, le religare : la religion.

– …le sureffort rend moins faible.

– … sois pleinement tout ce que tu es, tous ceux que tu es. Mais toujours, toujours, avec une indifférence centrale. Un secret non-attachement.

– … il est dans la nature de la passion d’être, pour un homme, une fête à l’écart, et pour une femme, le jeu central.

– .. la société ne pardonne rien à la passion.

– Pourquoi la passion amoureuse a-t-elle une si bonne réputation, bien que généralement catastrophique ? C’est justement parce qu’elle engendre la douleur. Rien ne nous semble plus grand que souffrir d’amour. C’est l’imitation de Jésus. La croix au lit. … C’est en effet une maladie.

– Une immense conspiration, que j’appellerai « conspiration de la chansonnette », met de l' »amour » partout, et principalement où il n’a que faire. … Vous serez jugé sur vos mensonges et vos sensibleries camouflées en grand sentiment. Votre amour de l’humanité, qui n’était l’amour de personne. .. et surtout, pour avoir appelé Amour le désir, Amour l’excitation. Amour la curiosité. Amour l’amusement. Amour l’attachement affectueux. .. Amour l’habitude agréable. Amour la peur de l’ennui. Amour, la crainte de la solitude. … il y a de l’escroquerie et du ridicule à abuser du mot.

– Car le réel fait toujours beaucoup moins de mal que l’irréel.

– Certainement, l’Amour existe. Mais il est rare. Aussi rare que la sainteté ou le génie.

– Pour combien d’hommes, le grand jeu est-il au foyer ? Le grand jeu n’est pas à la maison (ni même dans le lit de la maîtresse), il est dans le travail, l’action sociale ou politique, les camaraderies, le stade ou les batailles du dehors. Il y a, pour quantité d’hommes, beaucoup plus de feu dehors qu’au foyer. Voilà la vérité.

(…) Ainsi vont les choses. Et la liberté d’esprit commence quand vous voyez les choses non comme on les chante, mais comme elles sont. … Dire la vérité, c’est souvent ne pas dire aux femmes ce qu’il leur serait agréable d’entendre … Mais ce n’est pas ne pas aimer les femmes. C’est ne pas aimer mentir aux femmes, fût-ce pour leur faire plaisir.

– Il y a une autre fidélité : c’est porter constamment une bienveillante attention à l’autre.

– Vous ne trouvez plus qu’une sorte d’idées : les zizidées. Je dis qu’il y a abus de sexe quand la tête pense avec du sexe au lieu de penser avec de la pensée. … Nous vivons dans une société marchande, qui vend ce qui se vend le mieux : le coeur et le sexe. … Cette érotisation ne réhabilite pas du tout l’Eros dans l’homme. Au contraire, elle livre l’énergie sexuelle au pillage… La vraie vie (du corps, de l’esprit, du coeur) cesse d’être vécue. Elle se déroule dans une générale zizillusion.

– La société marchande a mis Eros dans le commerce. Il a dégénéré en phantasme.

-Je parle du freudisme vulgarisé, qui prétend tout expliquer par le sexe. (…) Il y a des émotions supérieures et des activités de l’esprit étrangères à la libido.

-La littérature, le théâtre, le cinéma dits érotiques ne libèrent pas le sexe : ils sexualisent le cerveau avec de l’énergie sexuelle dégradée. (..) Le phantasme, ce n’est pas ce qui exalte la réalité, c’est ce qui vous en sépare. (..) La rigueur des moeurs, imposée par la religion ou la société, mettait de la force dans les faibles. Quand on ne demande plus rien aux faibles, ils ne se demandent plus rien à eux-mêmes.

– Deux races de femmes. L’une nombreuse, et l’autre en voie de disparition. (…) La vraie femme, la femme rare. Celle que les anciens gnostiques appelaient « la femme de l’homme » et « la rosée de lumière ». Ils nommaient l’autre, qui est légion, « la femme de la femme ».

– …la sorcière brûlée, c’est la vraie femme, « la femme de l’homme », la femme de la religion primitive que l’on pourchasse, que l’on détruit, afin d’en effacer à jamais le souvenir, pour que l’homme ne possède plus que la fausse femme, son insatisfaisant double en creux, et cesse de croire en un paradis possible sur terre.

– La femme réduite à une médiocre contrefaçon de l’homme est de plus en plus manifeste et omniprésente.

– La femme s’est retirée. … Nous n’avons plus la relation avec une puissance de l’autre pôle du monde, …

– Je vous ai dit ce que je croyais. Que tous les hommes ont de la graine d’âme. Mais que cette graine peut pourrir ou germer. Il faut un terrain propice. Une conscience capable d’intériorisation, des exercices, et la pratique de vertus. Bref, une ascèse.

-La vie est un songe pour la conscience ordinaire, que nous croyons active, et qui pourtant dort d’un profond sommeil. … La vraie vie est dans la conscience vraiment éveillée. Veiller est tout.

– Quand une piste profonde se forme dans votre esprit, toutes les circonstances concourent à la dégager.

– Car l’homme qui connaît son idéal et ne l’atteint pas est pire que l’homme sans idéal.

-Je n’ignore pas les travaux sur la symbolique de l’Apocalypse. Ils m’ont toujours paru de la subtilité plaquée sur de l’insensé.

– Pour l’homme antique, tout pouvoir est un mérite. Pour le judéo-chrétien, tout pouvoir est le mal. (…) Car toute puissance est inique, et toute supériorité injustifiable. … Toute puissance est inique, sauf la puissance de l’impuissance. Toute supériorité est injustifiable, sauf la supériorité de l’inférieur.

– (christianisme) Extraordinaire construction d’un ordre temporel et d’une théocratie, à partir d’un message d’anarchie mystico-politique.

– La force de l’empire soviétique, c’est de ne pas être marxiste au nom de Marx, de ne pas être communiste au nom du communisme, … Longtemps, la puissance de l’Occident fut, par la grâce et l’énergie de l’Eglise, de ne pas être chrétien au nom de Jésus.

– Je songe à tels chrétiens libérés, … militants du désordre, à l’écoute du bas-fond. Il ne leur reste, pour substituts de la grandeur et du feu, que ces trois petitesses brûlantes : appeler liberté le non-effort, amour des hommes la haine des capables, et justice la jalousie.

– Henri Heine divisait les hommes en deux mentalités : la nazaréenne et l’hellénique. L’hellénique cherche à comprendre et orner l’existence. La nazaréenne maudit l’existence et détruit dans l’espoir de transfigurer. … Il est opposé à tout pouvoir et finalement à toute civilisation … il trahit le monde pour « sauver l’homme ». (…) il y a plus beau et plus charitable que le prétendu « amour des hommes » : c’est l’effort de l’intelligence pour les comprendre.

-La religion n’est plus rien quand elle n’est plus qu’une sociologie folle en action. … L’Eglise est morte. C’est la décomposition qui fait bouger le cadavre.

– Je pense que l’homme est, de toute éternité, un animal religieux. (…) Quand, sous la poussée des connaissances, nous aurons manifestement établi le lien qu’intuitivement l’homme antique entretenait avec le cosmos, quand nous aurons aussi renoué avec l’infini de notre espace intérieur, … un temple se reconstruira dans l’homme.

– Ce cycle historique de deux mille ans a vu le triomphe de la mentalité nazaréenne sur la mentalité antique. … Ces deux mentalités, dans leur affrontement, font l’humanité.

– Le nazaréisme en pantoufles est exactement le bourgeoisisme. Le nazaréisme en bottes est le communisme.

– Il y a une imprégnation diffuse des façons de voir, de penser, de réagir, qui incline les esprits à souhaiter l’écroulement d’un « système » , alors même qu’ils jouissent de ses bienfaits.

– La plus grande part du message culturel, c’est la mise en accusation de la Grande Babylone et l’impatience d’un jugement. Et je dis que ce fait métapolitique engendre les faits politiques. Et que, notamment, il suscite et justifie le terrorisme dont nous n’avons pas fini d’entendre parler.

– Le pouvoir, ce n’est pas seulement le commandement. Le pouvoir que l’on veut abattre bénéficie d’un consentement général, …dans les démocraties « bourgeoises » modernes, … il ne peut y avoir de prise du pouvoir politique sans prise préalable du pouvoir culturel. … (celle-ci) n’a de chance d’aboutir qu’au terme d’un long travail d’imprégnation dans tous les domaines : … Une lente montée, dans tout le réseau capillaire de l' »appareil civil », d’un esprit de subversion.

– … il arrive souvent que l’on abuse du mot « science » en faveur d’une idéologie. Je ne crois donc pas aux sciences humaines triomphantes : celles qui ont pour objectif de scientifiser l’idéologie…. C’est toujours la même question : amener les hommes à renoncer à leur autonomie, à leur singularité, comme par eux-mêmes.

Je crois à la raison. Je ne crois pas que tout soit réductible à la raison. … le rationalisme n’est pas apparu par une révélation providentielle de l’esprit humain, à l’époque de l’avènement de la bourgeoisie marchande. Il constitua, en quelque sorte, le marxisme de la bourgeoisie. C’était l’instrument majeur pour unifier les mentalités et conquérir le pouvoir. (…) Un étalon unique de la nature humaine, comme l’or, … Egaliser la superficie des choses, en niant l’essence intérieure des choses.

-L’autre tendance du psychologisme est l’école mécaniste. (…) Et tout comportement n’est qu’une réponse mécanique à un stimulus. L’homme est un appareil : vous glissez un stimulus dans la fente, et vous voyez sortir un réflexe. Mais la question qui se pose est : quel manipulateur supérieur met les stimuli dans la fente ? En société marchande, le marchand.

– Mon ami Koestler a raison de dire que la pensée contemporaine dominante est une pensée réductionniste. Elle pèse avec une telle force sur l’opinion générale, qu’elle amène chaque homme à poser sa lettre de démission sur le bureau de la société.

– Ce n’est pas le monde qui est mauvais : il est le monde, comme toujours. C’est l’idée que nous nous faisons du monde. Et ce n’est pas le monde qui nous détruit. C’est l’idée que nous avons de nous-même. … Si nous croyons qu’il n’y a ni liberté ni dignité souveraines dans l’homme, le monde est une prison et une indignité.

-Au début, une voix s’élève contre l’Antiquité en proclamant que tous les hommes sont frères. A la fin, elle s’élève contre la vérité en proclamant que tous les hommes sont identiques. Seulement, il arrive que l’idéologie rencontre la barrière infranchissable des faits.

En 1973, cinquante sommités scientifiques occidentales, dont plusieurs Nobel, ont publié un manifeste. Elles réclamaient le droit d’enseigner que l’intelligence et le comportement sont déterminés par le cocktail génétique hérité à la naissance. (…) L’idéologie dominante veut que, dans la nature comme dans le destin des individus, l’hérédité ne soit rien, et la société tout. … Pour l’idéologie dominante, tous les hommes naissent avec les mêmes potentialités. Les différences sont créées par le milieu. Et un milieu qui engendre des disparités est un mauvais milieu. Tout ce qui distingue les êtres les uns des autres est le produit d’une injustice. (…) l’égalisation des natures apparaît aujourd’hui, à l’intelligence objective, un déni de la nature. (…) Il ne s’agit pas de nier toute influence, sur le mental et le comportement des individus, de l’environnement familial, des structures sociales, de l’éducation, du milieu. … Non, il ne s’agit pas de contester l’influence du milieu. Mais de la reconnaître faible. Quatre fois plus faible, disent les scientifiques du manifeste, que la singularité génétique. (..) Le coeur s’encombre du souhaitable. L’intelligence ne vit que du vérifiable.

– … il est extraordinaire que l’opinion, si profondément maniée par l’idéologie égalitaire, célèbre dans le sport les différences natives d’aptitude, et attribue à des injustices sociales les variétés de capacité mentale et de comportement. Elle marque par là son achèvement dans la barbarie, ne voyant plus de réalité qu’à travers le corps visible, et d’existence à la psyché qu’à travers le social.

– Il faut convenir que le milieu dans toute société non nivelée, … crée artificiellement des inégalités d’aptitude. Mais il est évident aussi que, dans une société où toutes les inégalités artificielles auraient été supprimées, les inégalités naturelles ressortiraient avec d’autant plus de force.

– L’éthologie nous enseigne que toute société animale possède ses « alpha », c’est-à-dire ses leaders. Et aucune société humaine ne vit sans élites. Et quand elle s’affirme antiélitiste, elle divinise son chef : voyez Mao. (…) L’antiélitisme n’est rien d’autre que l’antiaristocratisme. Et le refus du sentiment tragique de la vie, rien d’autre que le refus des lois de la vie.

– Et toute démocratie a besoin d’être une « méritocratie » pour rester une civilisation.

– Nos croyances se sont laïcisées sans perdre leur nature dévote. (…) l’anthropologie, l’éthologie, la biologie opposent un formel démenti aux croyances du siècle. Il est entendu qu’une erreur, en devenant générale, ne devient pas pour autant une vérité. … Toute la sensibilité occidentale est dominée, depuis le XVIIIè, par l’idée que l’homme naît bon, et que la société … le pervertit, parce qu’elle est la source des inégalités. Rien, absolument rien, ne justifie la thèse du « bon sauvage »… Un Italien, Vico … écrivait que l’homme est né bête et méchant et que la société l’améliore. …. Rousseau parlait mieux au coeur chrétien ; sa vision était préférable. La tendance à choisir le préférable fonde toute croyance.

– S’agissant de l’homme, la « conformité avec la nature » ne signifie rien. Car ce qui distingue justement l’homme des animaux, c’est qu’il est un être de culture. … Sa nature est de créer des cultures, exprimées dans des sociétés. (…) La culture est la nature de l’homme.

– Vous commencez alors à distinguer, pour le moins, deux sortes d’esprits : les dévots et les autres … les chronodurcissables et les chronoplastiques. Ceux qui s’enferment de plus en plus étroitement dans leur croyance, à mesure que le temps contredit celle-ci. … Voilà les chronodurcissables. Les chronoplastiques sont les esprits à qui le temps apprend que si les vilains faits contredisent leur ravissante croyance, il ne faut pas les appeler vilains, il faut changer de croyance.

-Le langage de la politique n’exprime qu’une seule idée. Cette idée est plate. C’est l’idée que l’économie est tout le destin. … la certitude que les valeurs économiques déterminent toutes les valeurs.

– Vieil esprit (européen) pour lequel chiffrer n’est pas tout, … Vieil esprit pour lequel il y a quelque chose au-dessus du social, de l’économique, du quantitatif : la faculté délicate, les hautes énergies qu’il faut pour sentir et pour célébrer la qualité. Vieil esprit immortel qui voit dans les plus profonds enracinements la condition de la plus haute élévation, dans la disparité des natures humaines la condition de l’humanité organique, dans la diversité des cultures la condition de la culture.

– Le sentiment angélique est un non à la vie. Il lui reste, heureusement, l’hypocrisie pour se réconcilier avec la réalité. … Je ne crois pas à l’angélisme, surtout s’il est sincère. Et si l’agressivité était de toute éternité inhérente à l’homme ? Naturellement, il faut tout tenter pour détourner ou juguler la violence. (…) Il y a quelque chose d’irrémédiablement niais et gratuit dans le prêche du bon coeur. Il y entre aussi une haine du monde tel qu’il est. Et tel qu’il ne peut pas ne pas être sans cesser d’être le monde.

– Il est plus utile, … de comprendre le monde que de le juger du haut de l’Amour.

Tout angélisme cache une peur de vivre et une impuissance à se surmonter pour survivre.

– J’écoute dans mes lointains la pensée opposée. Et je la comprends. Et elle n’est pas le mal, car tout ce qui est compris est bien. (…) je combats avec l’intime pensée qu’aucune pensée ne m’est ennemie, …

– … les opinions sont des embarras pour l’âme dont l’exclusive nécessité est de se conserver nue, une, limpide, sereine. (…) un homme, s’il a pleinement mûri – non durci sur certains points, pourri sur d’autres – considère avec calme et reconnaissance pour la vie l’élargissement de ses doutes.

– … quelle intelligence est exempte des vanités et des énervements qui la changent en bêtise ?

– Ce coeur que mon esprit comprime, que ma pensée suspecte … est sans doute ce qui …. avec amour, se garde à jamais de conclure.

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