Extraits des pensées de Pascal

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PascalTous les corps ensemble, et tous les esprits ensemble, et toutes leurs productions, ne valent pas le moindre mouvement de charité.

Il est écrit qu’il y a temps de guerre et temps de paix (Ecclé. III, 8) et c’est l’intérêt de la vérité qui les discerne. Mais il n’y a pas temps de vérité et temps d’erreur, et il est écrit, au contraire, que la vérité de Dieu demeure éternellement (Ps. CXVI, 2).

La nature a des perfections, pour montrer qu’elle est l’image de Dieu, et des défauts, pour montrer qu’elle n’en est que l’image.

La source de toutes les hérésies est de ne pas concevoir l’accord de deux vérités opposées et de croire qu’elles sont si incompatibles.

(…) à la fin de chaque vérité, il faut ajouter qu’on se souvient de la vérité opposée.

La vérité est si obscurcie en ce temps, et le mensonge si établi, qu’à moins que d’aimer la vérité, on ne saurait la connaître.

Les malins sont gens qui connaissent la vérité, mais qui ne la soutiennent qu’autant que leur intérêt s’y rencontre ; mais, hors de là, ils l’abandonnent.

Après tant de marques de piété, ils ont encore la persécution, qui est la meilleure des marques de la piété.

Le Royaume de Dieu est en nous, le bien universel est en nous, est nous-même, et n’est pas nous.

Etre membre est n’avoir de vie, d’être et de mouvement que par l’esprit du corps et pour le corps. Le membre séparé, ne voyant plus le corps auquel il appartient, n’a plus qu’un corps périssant et mourant. Cependant, il croit être un tout et, ne se voyant point de corps dont il dépende, il croit ne dépendre que de soi, et veut se faire centre, et corps lui-même. Mais n’ayant point en soi le principe de vie, il ne fait que s’égarer, et s’étonne dans l’incertitude de son être, sentant bien qu’il n’est pas corps. Enfin, quand il vient à se connaître, il est comme revenu chez soi, et ne s’aime plus que pour le corps. Il plaint ses égarements passés. Il ne pourrait pas par sa nature aimer une autre chose, sinon pour soi-même et pour se l’asservir, parce que chaque chose s’aime plus que tout. Mais, en aimant le corps, il s’aime soi-même, parce qu’il n’a d’être qu’en lui, par lui et pour lui.

(…) nous naissons donc injustes, car tout tend à soi. Cela est contre tout ordre : il faut tendre au général ; et la pente vers soi est le commencement de tout désordre, en guerre, en police, en économie, dans le corps particulier de l’homme. La volonté est donc dépravée.

Il y a trois ordres de choses : la chair, l’esprit, la volonté. Les charnels sont les riches, les rois : ils ont pour objet le corps. Les curieux et les savants : ils ont pour objet l’esprit. Les sages : ils ont pour objet la justice.

Les élus ignoreront leurs vertus, et les réprouvés, la grandeur de leurs crimes (…)

Il n’y a que deux sortes d’hommes : les uns justes, qui se croient pécheurs ; les autres pécheurs, qui se croient justes.

(…Manque de charité : cause de la) privation de l’esprit de Dieu…

Il est dangereux d’être tenté ; et ceux qui le sont, c’est parce qu’ils ne prient pas.

Après sa mort, Saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figure (I Cor. X, 11) ; que le Royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l’esprit (Rom. VIII) ; que les ennemis des hommes n’étaient pas les Babyloniens, mais les passions (…)

Car il y a deux principes qui partagent les volontés des hommes, la cupidité et la charité. Ce n’est pas que la cupidité ne puisse être avec la foi de Dieu et que la charité ne soit avec les biens de la terre ; mais la cupidité use de Dieu et jouit du monde, et la charité, au contraire.

(…) il paraît clairement que l’homme, par la grâce, est rendu comme semblable à Dieu et participant de sa divinité, et que, sans la grâce, il est comme semblable aux bêtes brutes.

Qui ne hait en soi son amour-propre, et cet instinct qui le porte à se faire Dieu, est bien aveuglé. Qui ne voit que rien n’est si opposé à la justice et à la vérité ? Car il est faux que nous méritions cela ; et il est injuste et impossible d’y arriver, puisque tous demandent la même chose. C’est donc une manifeste injustice où nous sommes nés, dont nous ne pouvons nous défaire et dont il faut nous défaire.

La vraie nature de l’homme, son vrai bien, et la vraie vertu, et la vraie religion, sont choses dont la connaissance est inséparable.

Si l’on ne se connaît plein de superbe, d’ambition, de concupiscence, de faiblesse, de misère et d’injustice, on est bien aveugle. Et si, en le connaissant, on ne désire d’en être délivré, que peut-on dire d’un homme … ?

Si l’homme n’est fait pour Dieu, pourquoi n’est-il heureux qu’en Dieu ?

Les Stoïques disent : « rentrez au-dedans de vous-mêmes ; c’est là où vous trouverez votre repos. » Et cela n’est pas vrai. Les autres disent : « sortez en dehors : recherchez le bonheur en vous divertissant. » Et cela n’est pas vrai. Les maladies viennent. Le bonheur n’est ni hors de nous, ni dans nous ; il est en Dieu, et hors et dans nous.

Rien n’accuse davantage une extrême faiblesse d’esprit que de ne pas connaître quel est le malheur d’un homme sans Dieu (…)

L’immortalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondément, qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de savoir ce qui en est. (…) Ainsi notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, dont dépend toute notre conduite.

L’extrême esprit est accusé de folie, comme l’extrême défaut. Rien que la médiocrité n’est bon. C’est la pluralité qui a établi cela, et qui mord quiconque s’en échappe par quelque bout que ce soit.

Mais il faut détruire maintenant cette dernière proposition, et montrer qu’il demeure toujours vrai que le peuple est vain, quoique ses opinions soient saines : parce qu’il n’en sent pas la vérité où elle est, et que, la mettant où elle n’est pas, ses opinions sont toujours très fausses et très mal saines.

La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique.

Car n’est-il pas vrai que nous haïssons la vérité et ceux qui nous la disent (…) ?

(…) nous haïssons la vérité, on nous la cache ; nous voulons être flattés, on nous flatte ; nous aimons à être trompés, on nous trompe. C’est ce qui fait que chaque degré de bonne fortune qui nous élève dans le monde nous éloigne davantage de la vérité (…)

L’esprit croit naturellement, et la volonté aime naturellement ; de sorte que, faute de vrais objets, il faut qu’ils s’attachent aux faux.

Toute notre dignité consiste donc en la pensée. (…) Travaillons donc à bien penser : voilà le principe de la morale.

Ceux qui n’aiment pas la vérité prennent le prétexte de la contestation, et de la multitude de ceux qui la nient. Et ainsi, leur erreur ne vient que de ce qu’ils n’aiment pas la vérité ou la charité ; et ainsi, ils ne s’en sont pas excusés.

(…)  plusieurs choses certaines sont contredites ; plusieurs fausses passent sans contradiction. Ni la contradiction n’est marque de fausseté, ni l’incontradiction n’est marque de vérité.

Qui ne voit pas la vanité du monde est bien vain lui-même.

L’unique bien des hommes consiste donc à être divertis de penser à leur condition, ou par une occupation qui les en détourne, ou par quelque passion aimable et nouvelle qui les occupe, ou par (…) ce qu’on appelle divertissement.

De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement ; de là vient que la prison est un supplice si horrible (…)

Aussi les hommes qui sentent naturellement leur condition, n’évitent rien tant que le repos, il n’y a rien qu’ils ne fassent pour chercher le trouble.

La science des choses extérieures ne me consolera pas de l’ignorance de la morale, au temps d’affliction ; mais la science des moeurs me consolera toujours de l’ignorance des sciences extérieures.

D’où vient qu’un boiteux ne nous irrite pas, et un esprit boiteux nous irrite ? A cause qu’un boiteux reconnaît que nous allons droit, et qu’un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons (…)

Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l’ordre que ce sont eux qui s’éloignent de la nature, et ils la croient suivre, comme ceux qui sont dans un vaisseau croient que ceux qui sont au bord fuient. Le langage est pareil de tous côtés. Il faut avoir un point fixe pour en juger.

Trop de jeunesse et trop de vieillesse empêchent l’esprit, trop et trop peu d’instruction.

Il faut se connaître soi-même : quand cela ne servirait pas à trouver le vrai, cela au moins sert à régler sa vie, et il n’y a rien de plus juste.

On ne passe point dans le monde pour se connaître en vers si l’on n’a mis l’enseigne de poète, de mathématicien, etc. Mais les gens universels ne veulent point d’enseigne et ne mettent guère de différence entre le métier de poète et celui de brodeur. Les gens universels ne sont appelés ni poètes, ni géomètres, etc ; mais ils sont tout cela, et juges de tous ceux-là.

La nature s’imite : une graine, jetée en bonne terre, produit ; un principe, jeté dans un bon esprit, produit (…)

La vraie éloquence se moque de l’éloquence, la vraie morale se moque de la morale (…)

On doit avoir pitié des uns et des autres : mais on doit avoir pour les uns la pitié qui naît de la tendresse, et pour les autres, la pitié qui naît du mépris.

A mesure qu’on a plus d’esprit, on trouve qu’il y a plus d’hommes originaux. Les gens du commun ne trouvent point de différence entre les hommes.

Deux excès : exclure la raison, n’admettre que la raison.

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