La chanson personnelle

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mes statues africainesVoici une histoire jolie qui, je l’espère, vous fera sourire, et réfléchir.

Il y a en Afrique une tribu, où la date de naissance d’un bébé est, non celle de sa naissance ni même celle de sa conception, mais celle où, pour la 1ère fois, sa mère a songé à concevoir un enfant.

Lorsqu’une femme pense à avoir un enfant, elle s’éloigne, va s’asseoir seule(ou avec une autre) sous un arbre … et là, elle écoute attentivement, jusqu’à ce qu’elle entende le chant de l’enfant à naître.

Ensuite, elle va trouver le futur père, et lui apprend la chanson. Puis, tandis qu’ils font l’amour pour concevoir le bébé, ils la chantent de temps à autre, pour inviter l’enfant à venir.

Quand elle est enceinte, la future mère apprend le chant de son bébé aux vieilles femmes et sage-femmes du village, en sorte que, lorsqu’il vient au monde, toutes celles présentes à l’accouchement entonnent son chant pour l’accueillir.

Tandis que cet enfant grandit, tous les gens de son village apprennent sa chanson et, si l’enfant tombe ou se fait mal, quelqu’un le ramasse en lui chantant sa chanson.  Ceci doit sans aucun doute bâtir chez chaque enfant une bonne estime de soi ; car il se voit ainsi à la fois unique, et protégé (car membre d’un groupe).

Et s’il fait quelque chose de bien, ou subit les rites de la puberté, les villageois la lui chantent pour l’honorer.  L’être en vient ainsi à saisir, de l’intérieur, son identité – mieux qu’un nom, qui, au fond, n’a que peu de signification.

Il se passe la même chose dans le film « Danse avec les loups », où le héros dit que quand la tribu lui a donné ce nom, il a su (= compris intérieurement) qui il était, pour la 1ère fois de sa vie. Ce nom indien qui le décrivait était un peu semblable au chant personnel dont il est question ici.

Quelle bêtise, à nous autres Occidentaux, d’accentuer l’individualisme chez les gens ; les humains sont des êtres sociaux, et cette pratique, le chant personnel, intègre un être dans sa culture, dans une communauté précise ; ceci le « centre » et le renforce, et lui fait comprendre de penser aux autres, et non juste à lui-même !

Par la suite, si l’ex-enfant devenu adulte commet une faute, un crime ou un acte anti-social, on l’invite à se placer au centre du village où toute sa communauté lui rechante son chant, pour lui rappeler qui il est… car quand on sait cela, on n’a nul désir de nuire à qui que ce soit. Plus sage que nous (qui recourons à des punitions – prison – inefficaces dans 95% des cas), cette tribu a compris que, pour corriger un comportement inapproprié, la seule chose efficace est l’amour et le rappel de notre vraie identité.

Ce qu’il y a de bien, c’est qu’on ne s’en prend pas à l’individu fautif, on reconnaît qu’il n’EST pas son acte, que malgré cet acte, il reste lui-même.

Et on ne met pas non plus l’accent sur cet acte (= on ne tente pas de le corriger en en discutant), mais sur le « recentrage » de cet être qui s’est égaré.

Cette pratique reconnaît également que ce n’est pas juste le fautif ou sa famille qui sont concernés par son acte, mais, comme il fait partie (et il en fait toujours partie, malgré son erreur) de la communauté, c’est celle-ci toute entière qui s’implique dans sa « guérison ».

Le fautif est mis non au milieu de juges sévères, mais d’amis, dévoués à lui rappeler qui il est, de gens qui se rappellent de qui il est, de sa beauté, de son unité, de son innocence, lorsque lui-même les a oubliées – de gens dont la vision reste nette alors que lui-même est dans la confusion…

La chanson d’un être lui est aussi chantée à son mariage, et enfin, à son lit de mort

Bien entendu, nous n’avons en général pas grandi dans cette culture… pourtant, la vie nous informe toujours si l’on est en phase avec ce que l’on est, ou pas – vu qu’on se sent bien quand on l’est, et mal dans le cas contraire.

Peu à peu, on en vient à reconnaître notre chanson, celle qui décrit précisément ce que l’on est, et à la chanter parfaitement bien… Ne vous inquiétez pas si, au début, vous vous sentez maladroit.  Continuez à « chanter » et  tout ira bien…vous finirez par trouver la voie qui vous ramènera chez vous…

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